Nicolas de Condorcet, le marquis qui voulait que chaque voix compte.
Condorcet (1743-1794) a été le premier à démontrer qu'un vote peut trahir la volonté de ceux qui votent, et à chercher comment l'éviter. Condorcet.Vote porte son nom. Voici pourquoi.
- Mathématicien
- Philosophe des Lumières
- Théoricien du vote
- Économiste
- Encyclopédiste
- Député de la Révolution
Mettre la raison, et le calcul, au service des affaires humaines.
Orphelin de père à un mois, élevé chez les jésuites dont il gardera un souvenir amer, Condorcet soutient sa thèse de mathématiques à 16 ans sous le regard de d'Alembert, et refuse la carrière militaire à laquelle sa famille le destinait. À 25 ans, il entre à l'Académie des sciences, dont il deviendra le secrétaire perpétuel.
Ami de Voltaire, conseiller de Turgot au contrôle général des finances, inspecteur des Monnaies, il appartient à cette génération qui veut appliquer la méthode scientifique à la société : l'économie, la justice et, bientôt, la manière de décider ensemble.
Le premier à prouver qu'un vote peut se tromper.
Dans son « Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix », Condorcet pose une question que personne n'avait traitée avec cette rigueur : une assemblée qui vote exprime-t-elle vraiment sa volonté ? Sa réponse tient en un exemple, toujours cité.
60 votants, trois propositions A, B et C. Au scrutin majoritaire, A l'emporte avec 23 voix.
- A 23 · élue
- B 19
- C 18
- A , puis C , puis B 23 votants
- B , puis C , puis A 19 votants
- C , puis B , puis A 16 votants
- C , puis A , puis B 2 votants
Pourtant, comparée une à une, A perd tous ses duels : 35 votants préfèrent B, 37 préfèrent C. Et C, arrivée dernière en premiers choix, bat toutes les autres. Sa règle : élire l'option qui gagne chacun de ses duels, le « gagnant de Condorcet ».
Le même essai démontre le « théorème du jury » : si chaque votant a un peu plus d'une chance sur deux de voir juste, la décision collective a d'autant plus de chances d'être bonne que les votants sont nombreux. Une justification mathématique de la délibération collective.
Condorcet jugeait lui-même sa méthode difficile à appliquer à grande échelle : compter à la main tous les duels de milliers de bulletins était hors de portée. Il lui manquait un ordinateur. C'est exactement ce que fait Condorcet.Vote, avec les méthodes modernes (Schulze, Ranked Pairs) qui tranchent même les cycles où aucun gagnant ne se dégage, le fameux « paradoxe de Condorcet ».
Des idées qui n'ont pas pris une ride.
Un réformateur, pas un idéaliste.
Condorcet n'a rien d'un tribun. Libéral, nourri des physiocrates, il défend avec Turgot la liberté du commerce des grains contre le dirigisme de Necker. Légaliste, il se méfie de l'insurrection et préfère une transition encadrée à la chute brutale de la monarchie. Il accepte en 1791 un poste à la Trésorerie nationale, sur nomination du roi, ce qu'on lui reprochera, et sait changer d'avis quand la situation l'exige, sur les assignats par exemple.
Classé parmi les girondins sans en épouser toutes les querelles, il défend une république de la raison : des lois révisables, des citoyens égaux, un pouvoir sous contrôle. Pour lui, aucune loi n'est sacrée : elle s'apprend, se discute et se corrige.
« Le but de l'instruction n'est pas de faire admirer aux hommes une législation toute faite, mais de les rendre capables de l'apprécier et de la corriger. »
Un résultat de vote, c'est pareil : on ne vous demande pas d'y croire, mais de pouvoir le vérifier.
Victime de ses propres théories.
En février 1793, il présente à la Convention son projet de constitution : une république laïque, des lois révisables, le référendum et l'initiative populaire. Il est écarté au profit d'un texte montagnard rédigé dans l'urgence, que Condorcet dénonce publiquement.
Victime tragique de ses propres théories politiques : sa mort fut votée démocratiquement par la Convention nationale. Le 8 juillet 1793, elle décrète son arrestation ; à cette période, la mise en accusation est un aller simple pour la guillotine.
Caché neuf mois rue Servandoni, à Paris, il écrit l'« Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain » : un éloge du progrès, rédigé par un homme traqué. Le 25 mars 1794, il s'enfuit. Dans une auberge de Clamart, il aurait commandé une omelette de douze œufs, détail jugé suspect. Arrêté, il est retrouvé mort deux jours plus tard dans sa cellule de Bourg-l'Égalité, le nom révolutionnaire de Bourg-la-Reine. Les causes de sa mort n'ont jamais été élucidées.
Au Panthéon, dans un cercueil vide.
En 1989, pour le bicentenaire de la Révolution, Condorcet entre au Panthéon. Symboliquement : inhumé dans la fosse commune de Bourg-la-Reine, son corps n'a jamais été retrouvé. Des écoles, des rues, un campus portent son nom. Et désormais une plateforme de vote, qui compte les voix comme il l'entendait.
Sources
| Nature | Référence | Ce qu'elle établit |
|---|---|---|
| Encyclopédie | Nicolas de Condorcet Wikipédia en français | La trame de cette biographie, ses dates et ses faits. |
| Texte original | Essai sur l'application de l'analyse à la probabilité des décisions rendues à la pluralité des voix Condorcet (1785) · Imprimerie royale | L'exemple à 60 votants et le théorème du jury. |
| Texte original | Sur l'instruction publique, premier mémoire Condorcet (1791) · Œuvres, Didot, 1847, t. 7 | La citation sur les lois à apprécier et à corriger. |
| Documentation | CondorcetPHP Julien Boudry · GitHub | Le recalcul de l'exemple de l'Essai. |
Votez comme Condorcet l'aurait voulu.
Classez les options, laissez les duels trancher, vérifiez le résultat. Deux siècles plus tard, les ordinateurs font enfin le calcul.